Courses Divers

Un « Grand » Tour au lac du Bourget par Jean-Luc

18 octobre 2015, cette date a pris de l’importance pour moi il y a seulement quelques semaines, le jour où je me suis inscrit sur cette course, la GTL,le grand trail du lac du Bourget.
La pression n’est montée qu’il y a quelques heures, vers les minuit et demi, quand j’ai pensé (et repensé) que la barrière horaire était bien trop juste pour moi. Après cette heure, je crois que je n’ai pas cumulé beaucoup de sommeil.


Un avantage ; le réveil est bien plus facile. En plus de Anne, j’ai la surprise d’être entouré, de Marilou, Cyril et Antoine qui m’ont fait la surprise d’être avec moi pour cette longue journée. Grâce à eux, nous avons, Anne et moi, dormi dans un lit.
Pour gagner du temps de sommeil, enfin plutôt au lit, j’ai choisi l’option gâteau sport comme me l’a conseillé Manu quelque semaines plus tôt. C’est donc à 4 h que nous sortons du lit ; pour un départ à 5 h, on ne pouvait pas faire moins.
Anne reste au lit encore un peu, la navette pour le départ du 37 km étant prévue à 8h.
Pas de temps à perdre, mon matériel est prêt, rapide échauffement et à peine sur la ligne, le départ est donné. Super, même pas le temps de la peur au départ, il est 5 h pile. Dans ma tête, objectif, col du Chat avant 16 h 30. A ce moment là, je me jure de ne plus m’inscrire sur une course sans étudier la barrière horaire de manière attentive.

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Hou là là, ça roule, ne pas se laisser entraîner dans un rythme qui n’est pas le mien. Première étape, 10,9 km plat comme un sentier de hallage au bord du lac, si certains aiment ça… moi… pas trop. Je me met rapidement en mode pilote automatique, réveillé régulièrement par les klaxons des accompagnateurs qui nous doublent et ceux des teuffeurs sortants de boîte de nuit qui nous croisent sur la route longeant notre piste cyclable. Mes p’tits Loups sont là, régulièrement pour me booster. D’autres coureurs sont impressionnés d’entendre « allez petit papa » à 5 plombes du mat au bord de cette piste. Ils me disent que j’ai bien de la chance… je ne suis même pas sûr qu’ils imaginent à quel point.
Enfin, arrivent la plage puis le port d’Aix-les-Bains et je sais que la première côte en monotrace ne va plus tarder.
Tout le monde est maintenant à pied enfin… en marchant, les bâtons sont sortis. Pour moi, le vrai parcours trail commence. Si certaines personnes n’aiment pas ça… mois… si. La distance restant à courir me pèse un peu, je garde un rythme plus que raisonnable mais j’ai peur et plein d’autres traileurs font comme moi alors…
Le ravito liquide de St-Innocent est vite atteint où mes p’tits Loups m’attendent.
Les deux bosses de 360 et 250 m se passent assez bien. Je suis bien, attention à continuer à bien gérer, ne pas me laisser griser par cette situation sûrement passagère. Puis c’est (déjà) Chambotte. Coucou les P’tits Loups. Marilou me fait remarquer que j’ai trente secondes d’avance sur mon plan de course (véridique). Aïe, j’espère que je n’aurai pas à le payer.
Au col de la Chambotte, une petite descente bien raide sur la route me sort de mon état un peu euphorique. Je suis plutôt bien dans la montée suivante mais les descentes me donnent un peu de mal. Mes pieds glissent sur les zones caillouteuses.
Pas vraiment fatigué mais pas très agile (je veux dire, encore moins que d’habitude quoi!). Pas très rassurant vu ce qu’il me reste à courir. Nous passons dans les ruines de la tour de César puis je retrouve les p’tits Loups à Notre-Dame de la Salette. Là, Antoine me dit « ne regarde pas trop devant et soit fort ». Quelques minutes et je comprend. Une côte très raide, rocheuse et un peu aérienne, comme j’aime… d’habitude mais là, c’est un peu dur. Drôle d’humour cet Antoine.
La suite, est sympa, alternant les mono traces et chemins forestiers. Pas vraiment bien mais pas (encore?) dans le dur, jusqu’à la descente sur Chatillon. Là, 5500 m de route vont me mettre dans le rouge. Le début en descente où je laisse partir mes compagnons Jurassiens. Un coup de téléphone à Marilou pour lui dire de ne pas venir au ravito de Chatillon car j’y serai à l’heure du départ de Anne sur le 37 km à Chanaz. Chatillon, c’est le premier ravito chaud. Ça tombe bien, je n’ai plus envie de sucré et une soupe est la bienvenue. C’est reparti, toujours sur la route. A 10 h pile, j’appelle Marilou et j’entends le départ de Anne. Dans un bon moment encore, je prendrai sa trace.

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De plus en plus dur mes pieds chauffent je me retrouve à pied sur cette route toute plate. Quelques coureurs me doublent, on échange quelque mots sympathiques. Je me retourne dans une longue ligne droite ; plus personne. C’est le moment d’écouter un peu de musique. Le son bien lourd du rock me donne un peu d’élan. En trottinant, je recolle un coureur, me dis que je ne suis pas le seul à en baver et arrive à dérouler (là le mot est sûrement un peu fort!) un peu et … enfin le bout de la route.
Un petit sentier au bord du canal et ça va mieux pour courir, c’est souple… allez je suis fort (c’est ce que m’a dit Cath il y a quelques jours), ça va repartir, juste un coup de moins bien. Puis il est joli ce canal et là, les p’tits Loups, des bisous, des accolades et c’est encore mieux que la soupe du ravito. Merci Marilou, merci Antoine, merci Cyril.
Là, je suis au pied d’une côte que j’avais bien repérée sur le tracé du relief. C’est dur, c’est technique, ça glisse, c’est très pentu, je pousse sur les bâtons en simultané. Je double les coureurs qui m’ont passé sur la route. J’enlève mes écouteurs en passant et on échange quelques mots. La descente sur Chanaz est encore plus dure et technique. Je vois le magnifique village en dessous. Je viens de courir à peu près 42,195 km. J’ai eu un coup de dur il y a quelque km, j’ai eu mon mur, j’espère qu’il n’y en aura qu’un seul aujourd’hui.
Le téléphone sonne, c’est Marilou qui ne trouve pas le ravito, je me demande si elle n’est pas encore plus dans le challenge que moi. Au ravito, ils ne sont pas là, un coup de téléphone et ils arrivent, visiblement très heureux de pouvoir m’encourager encore une fois. Merci Marilou, merci Cyril, merci Antoine.
J’espère beaucoup du changement de chaussures, je viens de troquer mes Mujin 2 contre des Challenger.
A Chanaz, nous sommes à 220 m d’altitude au pied d’une longue ascension qui nous emmènera au sommet du Mont du Chat à 1491 m, une longue montagne Russe de 25 km et 2000 m de positif.
En quittant le ravito, je me dis qu’il serait bien que j’y passe un peu moins de temps mais se sont toujours des moment assez agréables avec les bénévoles, les traileurs et… mes p’tit Loups.
Pour la première fois depuis le départ, je sens que la barrière horaire ne sera pas un souci, je suis heureux.
La côte est pour le moment régulière, ça monte bien. Je repasse les traileurs qui ont pris moins de temps que moi au ravito et me retrouve très vite seul. Tout va bien. Mes nouvelles chaussures collent bien mieux au terrain glissant, surtout sur les cailloux et les racines « beurrés » par le passage des nombreux traileurs précédents.
Les échauffement sous la plante du pied disparaissent progressivement. Le rock’n’roll sonne dans mes oreilles et me donne du punch. L’itinéraire est magnifique. Une multitude de sentiers conduisent sûrement à des points de vue sur le lac à gauche. Je monte l’un d’entre eux qui me paraît plus proche que les autres, bonne pioche, la vue s’ouvre sur quasiment l’intégralité du plan d’eau, magnifique.
Un dernier mur bien raide en dessous du village de Ontex et c’est un nouveau ravito.
Soupe chaude, pommes de terre, bisous et c’est reparti.

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Le profil jusqu’au col du Chat, est à peu près le même avec quelques passages techniques dont un carrément exposé ; un bénévole est là pour nous conseiller. Au col, ce sera la première barrière horaire. Je gagne du temps sur mon prévisionnel, qui, il faut le dire était franchement flou à cette distance. Je suis maintenant sur des distances que je n’avais jamais explorées auparavant. Je me demandais même comment il était possible de courir encore après l’arrivée de mes trails les plus longs. Je n’avais jamais couru plus de 50 km.
Tout va bien, pas mal de monde au col du Chat. 90 min avant la barrière horaire. Cyril va m’accompagner sur les 13,5 km restants à courir. Nous sommes au pied du mur ; 850 m à grimper sur 5 km. 2 h d’ascension quand même, c’est dur, ça fait mal mais je monte bien. Entre autres traileurs, je double Céline. On a fait tout le parcours ensemble. Je double dans les montées et elle me reprend dans les descentes, « à tout à l’heure dans la descente », Céline me dit que non, elle à un problème au genou, ça ne se passera plus comme ça dans la prochaine. Dommage.
C’est dur pour tout le monde semble-t-il, pour moi aussi mais je me sens bien, je pousse fort, je crois que Cyril est content que l’on soit là les deux. Je veux qu’il soit fier de moi mais je n’arrive pas à enchaîner. Je fais des pauses de temps en temps appuyé sur mes deux bâtons. A chaque fois je repars vite sous les encouragements de Cyril qui me vont droit au cœur. Ce moment de souffrance me semble agréable. Mensonge, illusion, je ne sais pas, mais ça ressemble étrangement à un moment de bonheur. Ce moment est de ceux qui resteront gravés à vie dans ma mémoire. Ceux que l’on aime se remémorer quand on n’est pas au mieux et qui nous aident à nous booster.
Juste sous le sommet, un sympathique photographe nous annonce le ravitaillement dans 600 m. Je n’avais jamais remarqué que 600 m pouvaient être aussi longs. En plus, ça ne monte même pas, juste un peu technique et glissant. Il fait maintenant très froid, et on est dans le brouillard. Il reste quelque taches de neige tombée dernièrement. Je souhaite bon courage aux bénévoles du ravito qui ont encore 90 min à tenir avant la barrière horaire. Juste un peu d’eau, j’ai peur que manger ici soit un piège avant les 1250 m de D- qui m’attendent.
La transition montée descente est difficile. Les muscles sont durs. Je n’arrive pas bien à amortir. Je marche autant que je cours. La gazelle Céline me double dès les premiers hectomètres de descente, on a un style complètement opposé. Elle, la gazelle et moi, le sanglier. Le temps d’un mot d’encouragement et elle n’est déjà plus en vue. Les premiers monotraces arrivent et je me remet à courir, c’est plus souple. J’alterne la course avec une marche où je me laisse tirer vers le bas à grandes foulées le plus souples possibles. Au fil des kilomètres, la course remplace la marche, sûrement grisé par la ligne d’arrivée qui approche. J’en ai des frissons dans le dos, des larmes pleins les yeux. Cyril m’encourage régulièrement, je passe dans un état où je ne sens plus de difficultés. Une petite gamelle me ramène à la réalité… juste un instant. Céline est maintenant juste devant, elle est dans le dur. Désolé Céline.
Marilou et Antoine, merci d’être là. Anne qui à fait une belle course sur le 37  km, merci d’être là, à la traversée de route suivante. Le temps de doubler encore quelques futurs finishers et les premières maisons du Bourget sont atteintes. Le goudron est de plus en plus dur mais ce n’est pas grave, mes p’tits Loups Antoine, Cyril, et Marilou et ma chérie Anne sont tous là sur la ligne d’arrivée… LE BONHEUR…

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C’est fini, je n’arrive pas à retenir mes larmes tout comme en écrivant ces mots.

Je suis bien, même plus de douleurs aux jambes. J’ai fini juste avant la pluie et la nuit. Bravo Céline, tu es première senior, je suis content pour toi.

Merci à vous ; Anne, Marilou, Cyril, Antoine
Merci à tous les bénévoles
Merci aux baliseurs qui ont fait ça à la perfection
Merci aux organisateurs
Merci aux traileuses et traileurs

Jean-Luc

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